Le vainqueur du championnat du monde de poker 2009 ne déroge pas à la règle : il sera à l’abri du besoin à vie, comme ses prédécesseurs.
A 21 ans, Joe Cada décroche le titre le plus convoité de la planète poker et remporte 8,5 millions de dollars !
Par Alexis Laipsker
[ palmarès ]
> 1er : Joseph Cada (USA) 8 546 435$
> 2ème : Darvin Moon (USA) 5 182 601$
> 3ème : Antoine Saout (FR) 3 479 485$
> 4ème : Eric Buchman (USA) 2 502 787$
> 5ème : Jeff Shulman (USA) 1 953 395$
> 6ème : Steven Begleiter (USA) 1 587 133$
> 7ème : Phil Ivey (USA) 1 404 002$
> 8ème : Kevin Schaffel (USA) 1 300 228$
> 9ème : James Akenhead (UK) 1 263 602$
Inutile de le cacher, pour remporter un tournoi de cette ampleur, il faut incontestablement une part de chance. Car les World Series Of Poker constituent le plus gros tournoi de la discipline, ils sont considérés comme le Championnat du monde. Et, pour Joe Cada, la chance a décidé de sourire. Tout commence bien plus tôt qu’on l’imagine, puisqu’il faut remonter à son inscription au tournoi : Cada n’a que 21 ans et, à quelques mois près, il aurait été incapable d’y participer. La loi américaine est formelle qui fixe la majorité à cet âge.
Le parcours du combattant
Mais, du premier jour avec sa cohorte de joueurs, au dernier qui le verra sacré champion du monde de poker, le parcours fut long et semé d’embûches. Plusieurs jours durant, Joe Cada a dû batailler à la table de poker, ne négligeant aucun coup, risquant l’élimination à la moindre erreur. Car pour venir à bout de près de 6.500 adversaires, il faut avoir bien des qualités, la chance n’explique pas tout. D’autant que la concurrence est rude. Ces World Series Of Poker attirent chaque année les plus grands joueurs professionnels de la planète ainsi que quelques jeunes loups venus d’Internet. Les premiers ont une expérience hors du commun, les seconds sont extrêmement agressifs et bluffeurs. Ajoutez à cela quelques amateurs imprévisibles et vous avez une idée de la faune qui peuple les quelques centaines de table de ce casino géant qu’est le Rio de Las Vegas.
Marathon man
Avec des journées de douze ou quatorze heures, la compétition a des allures de course de fond. Il aura fallu tenir le rythme pour se hisser jusqu’à la table finale à laquelle il ne reste plus que les neuf derniers survivants. Là , la partie s’arrête et fait une longue pause de deux mois, le temps que le marketing fasse son office. Car le fait de décaler la finale, permet aux médias de revenir à Las Vegas une seconde fois, et de parler du tournoi en milieu d’année. Un double impact médiatique qui n’est pas négligeable. Lorsque cette finale reprend enfin - en Novembre dernier - les neuf participants sont tous devenu des stars. Le jeune français Antoine Saout n’a-t-il pas défrayé la chronique par cette performance, au point d’être invité sur les plateaux télé et de faire la couverture des magazines ?
Un show extraordinaire
La table finale bénéficie d’une mise en scène à la hauteur de l’évènement. La démesure est dans le plus pur esprit de Las Vegas : un show dantesque. Oubliez les ambiances feutrées et chaleureuses des casinos Européens, nous sommes maintenant dans la démesure américaine. Cette table finale a été dressée sur la scène d’un gigantesque amphithéâtre. Cinq caméras de télévision - dont une grue - traquent en permanence les réactions des joueurs. Plusieurs centaines de journalistes venus du monde entier sont dans les gradins, notant coup après coup l’évolution de la partie. Le public est lui aussi présent : des milliers d’amateurs de poker son venus assister à la plus grosse partie de poker de l’année. Les neuf hommes vont en effet se partager 24,5 millions de dollars ! Et le héros de cette partie hors du commun, c’est Joe Cada. Ce jeune américain qui ne joue au poker que depuis quelques années est parvenu à créer l’exploit en se débarrassant de ses huit adversaires, au nombre desquels un certain Phil Ivey que d’aucun considère comme le meilleur jouer du monde ! Tout simplement. Et c’est tout un symbole : la présence de Phil Ivey à un stade si avancé de la compétition prouve que le poker n’est pas un jeu de hasard, mais en même temps la victoire d’un novice nous confirme qu’au poker tout est possible. En plus de son chèque de 8,5 millions de dollars, Joe Cada repart avec un record : celui du plus jeune joueur à avoir remporter les WSOP.
En plus d’une importante somme d’argent, chaque tournoi des WSOP est récompensé par un bracelet. Il s’agit d’un trophée honorifique - l’équivalent d’un Oscar pour le poker.
Contrairement à la boxe, par exemple, où les titres sont remis en jeu, les joueurs conservent leur bracelet.
Cette tradition remonte aux années 70, date à laquelle les WSOP ont été créées. Le bracelet du tournoi principal est en or et il est orné de diamants.
Il vaut plusieurs dizaine de milliers de dollars.
Largement médiatisé depuis sa présence à la table finale des WSOP, le jeune Breton ne nous aura pas déçus. En effet, même s’il n’est pas parvenu à décrocher le titre suprême, il termine à la troisième place ce qui est largement honorable. Alors qu’il démarrait la partie avec moins de jetons que la plupart de ses adversaires, il a réussi à en accumuler de façon spectaculaire, au point qu’il a même fait figure de grand favori l’espace d’un moment. Hélas, le hasard est parfois capricieux puisqu’il s’est acharné sur le français. Détenteur d’une paire de Dames contre Joe Cada qui n’a qu’une malheureuse paire de 8, il est alors favori à plus de 80%. Mais il perd ce coup victime d’un troisième huit qui s’abat sur la table, comme un coup de tonnerre. Sonné, Antoine ne pourra pas aller beaucoup plus loin et capitulera quelques minutes plus tard. Il empoche tout de même 3,5 millions de dollars. Par cet exploit, il confirme qu’il méritait bien la couverture que nous lui avions consacrée dans notre numéro précédent. A l’avenir, ll faudra suivre Antoine Saout de très près.