Anthony Roux a déjà réalisé quelques jolies performances et il figure incontestablement parmi les espoirs du poker français. Ce membre de l’équipe Winamax, en dépit de son jeune âge, est extrêmement lucide et son discours est celui de la raison. Bien qu’amoureux du poker, il nous met en garde.
Propos recueillis par Stéphanie Tessiot
Les meilleurs résultats d’Anthony
01/12/09 EPT Prague / 4ème / 171 000 €
18/09/09 WSOP Europe / 5ème / 28 181 £
18/06/09 WSOP side event / 5ème / 120 311 $
Avant de jouer au poker, étais-tu joueur ?
(Si oui, à quoi ?)
Oui, en fait j’étais joueur. Je jouais au jeu vidéo Quake III et j’ai aussi beaucoup joué à Magic (jeu de cartes à collectionner, NDLR).
Comment t’es-tu mis à jouer au poker ?
J’ai commencé à jouer au poker par l’intermédiaire de Quake III et, il y a 4 ans, le poker était un jeu émergeant. Nous nous sommes mis à jouer sans investir d’argent afin de bien nous familiariser avec les règles, et quand on a eu des bankrolls d’un million en argent virtuel, on a voulu jouer de l’argent réel. Nous sommes plusieurs de cette époque, certains ne sont pas connus, mais il y a notamment Ludovic Lacay de l’équipe Winamax.
On raconte qu’un copain t’as transféré quelques dollars pour commencer. Peux-tu m’en dire plus ?
Lorsque nous avons décidé de passer aux choses sérieuses, mes parents n’étaient pas trop partisans du principe ! C’est donc un ami de l’époque qui a effectué ce qu’on appelle un transfert de compte à compte, de l’ordre de 1$ !
A quelles limites joues-tu aujourd’hui ?
Aujourd’hui je joue sur des tables allant de 10/20$ à 50/100$, ce qui fait des tapis qui vont de 2 à 10 000$.
Est-il impératif de passer par les petites tables avant de passer à des enjeux plus importants ?
Je pense que c’est une très bonne formation de passer par là avant de jouer plus gros. Cela permet de voir un style de jeu particulier, chaque enjeu donne un type de jeu particulier, c’est intéressant de voir l’évolution. Et ça permet aussi d’apprendre à gérer le bankroll, ça permet de ne pas se brûler les ailes : beaucoup de très bons joueurs sont issus de milieux modestes. En jouant gros d’emblée, je ne sais pas si on peu se rendre compte de cette évolution qui est importante à mon sens.
Le jeu sur les tables gratuites est parfois un peu « fou », dans quelle mesure est-ce utile
de passer par là  ?
En fait, c’est une bonne chose car ça permet d’apprendre les règles de base, de se familiariser avec le jeu. C’est une alternative aux gens qui ont peur de jouer de l’argent et de tomber dans les affres du jeu en général.
Y a-t-il une règle pour savoir à quel moment on peut passer à une limite supérieure ?
C’est compliqué : en théorie, c’est lorsqu’on s’aperçoit qu’on est gagnant sur la limite à laquelle on joue. Pour une bonne gestion du capital, il faut avoir une vingtaine de caves, à la limite supérieure. C’est un bon moyen quand on veut monter car, bien souvent, on a tout de suite envie de passer à la limite supérieure.
Existe-t-il un outil sur Internet permettant de faire le compte de ce que l’on gagne ou perd ?
Il existe plusieurs logiciels que l’on peut télécharger sur internet qui sont des trackers qui enregistrent vos mains et statistiques. Ça calcule les gains et pertes de chaque session, le pourcentage de mains jouées, relancées… Et ça donne également des statistiques sur les mains des adversaires. On peut les afficher au cours de la partie et ainsi adapter son jeu. Tous les joueurs pros utilisent ces logiciels. Personnellement, je joue en moyenne sur quatre à six tables en même temps, mais lorsqu’on commence à jouer sur six à sept tables, ces logiciels deviennent très intéressants.
Et en live, faut-il noter ses gains et ses pertes ?
C’est à mon avis essentiel de noter ses gains et pertes lorsqu’on joue en live, car lorsqu’on perd, on a tendance à se mentir à soi-même.
Quels sont les avantages et les inconvénients de la vie de pro du poker ?
Les avantages sont évidents, on gère son temps libre comme on l’entend, on n’a pas d’horaires, pas de patron. Pour ça c’est très bien. Par contre, côté inconvénients c’est assez compliqué à gérer. Au quotidien, nous n’avons pas de contacts sociaux, on ne voit personne. C’est aussi très stressant mentalement quand on a des sessions perdantes, il faut le gérer au quotidien pour ne pas répercuter ça sur la vie personnelle et les proches. C’est très dur de faire la part des choses et ne pas s’énerver sur sa copine ou les amis, il faut vraiment réussir à relativiser. C’est loin d’être simple.
On peut parfois croiser des jeunes qui seraient prêts à abandonner leurs études ou à quitter leur emploi pour se consacrer au poker. Ne faut-il pas les mettre en garde ?
Ils n’ont aucune idée de ce que c’est réellement. Il ya deux ou trois ans, le niveau de jeu en ligne était moins élevé qu’il ne l’est aujourd’hui. Et d’autre part, il faut se préparer et avoir une idée de ce que c’est que perdre des sommes faramineuses. D’autant que sur le long terme, on n’est pas sûr d’être gagnant. Il faut vraiment être sur d’être prêt mentalement avant de faire le saut dans le vide. Je pense qu’il faut que le poker reste un plan B tant qu’on n’ a aucune certitude.
Comment peut-on gérer les risques d’addiction ?
Je ne pense pas que ce soit un problème gérable, je pense que c’est vraiment une question de personnalité. Certaines personnes ne peuvent s’empêcher d’aller passer toutes leurs journées au casino…
Peux-tu donner quelques conseils pour gérer son bankroll ?
Tout d’abord si on a un bankroll à gérer, c’est qu’on part gagnant. Certains sites fournissent un calcul actif en fonction de votre style jeu plus ou moins agressif. Pour une gestion agressive, il faut monter son bankroll d’environ 5 caves, pour une gestion plus conservatrice, il faudra garder 20 ou 30 caves pour monter lentement.
Pour gagner au poker dans quel état d’esprit faut-il être ?
Je pense que c’est bien de se détacher de la notion d’argent. Quand on arrive à un certain niveau de blinds, il ne faut pas se dire qu’on mise l’équivalent d’une voiture neuve. Il faut se focaliser sur le jeu. Personnellement, je me mets plus en situation d’un jeu sans enjeu monétaire, je me dis que ce sont des points. Ça m’a beaucoup aidé à ne pas miser en ayant la peur au ventre.
