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RENCONTRES

__RENCONTRE

Almira Skripchenko,
des échecs… à la victoire !

Championne d’échecs dès son plus jeune âge, Almira Skripchenko est depuis devenue une as du poker. Elle s’envolera cet été à Las Vegas pour défendre les couleurs du team Winamax lors des WSOP. Rencontre avec une joueuse née.
Propos recueillis par Laëtitia Gervais



Je voudrais que l’on revienne sur votre parcours extraordinaire. Car votre premier amour, ce n’est pas le poker mais les échecs…
Je suis née en Moldavie et mes parents étaient professeurs d’échecs. C’est d’ailleurs comme cela qu’ils se sont rencontrés ! Je baignais dans cet univers et je jouais déjà à l’âge de 6 ans.
Qui plus est, en Moldavie, les échecs font partie du processus éducatif, car ce jeu permet de développer les capacités cognitives et d’analyse des enfants. A 14 ans, j’ai été championne d’URSS, puis championne du monde de ma catégorie d’âge à 16 ans. C’est devenu mon métier. J’ai gagné trois fois le championnat de France et le championnat d’Europe féminin. Puis j’ai rencontré le poker…

Comment avez-vous commencé à jouer au poker ?
C’est une histoire incroyable… Après un tournoi d’échecs, nous avons décidé de nous détendre avec mes amis. Ils m’ont alors proposé de participer à un tournoi de poker. J’ai appris les règles en dix minutes dans un taxi et je me suis retrouvée en table finale, où j’ai éliminé tous mes professeurs d’échecs ! A partir de ce moment, j’ai été mordue…
Mais je ne pouvais pas y consacrer beaucoup de temps à cause des échecs. Plus tard, j’ai participé au Tournoi des As où j’ai été en finale contre Michel Abécassis. C’est à ce moment-là que Winamax m’a repérée et que le poker est devenu ma principale activité.

Quelles similitudes voyez-vous entre le poker et les échecs ? Et quels aspects des échecs vous sont utiles lorsque vous jouez au poker ?
Mêmes si les deux disciplines semblent très différentes de prime abord, elles ont de grandes similitudes. Le joueur d’échecs a une formidable capacité de concentration, des facultés d’analyse, d’anticipation, de calcul… Les deux nécessitent une grande mémoire, une maîtrise de soi-même et beaucoup d’endurance.

Quelle est la plus difficile des deux disciplines ?
L’une comme l’autre sont complexes ! Mais le poker est pour moi un plus grand défi, car il faut prendre en compte le facteur humain qui est inexistant aux échecs. Pour mieux jouer au poker, il faut aller au fond de soi-même, comprendre ses failles psychologiques…Plus je progresse, plus je vois l’émergence d’un autre « moi » qui me plaît beaucoup. Je joue, je bluffe, j’intrigue, et je me découvre des qualités d’actrice que je ne soupçonnais pas ! Tandis que les échecs sont un jeu silencieux.

Qui sont les joueurs que vous admirez, et pour quelles raisons ?
Je n’admire personne, car je considère qu’il est primordial d’avoir un rapport d’égal à égal avec tous les joueurs. En revanche, j’ai pour tous beaucoup de respect, notamment ceux de mon équipe qui sont des joueurs généreux n’hésitant pas à partager leur savoir.

D’ailleurs, comment est l’ambiance entre les joueurs du team Winamax ?
Toujours festive ! Et même si nous n’avons pas le même âge et venons tous d’horizons différents, le courant passe bien et on s’amuse beaucoup lors des tournois.

Les internautes peuvent vous affronter sur Winamax. Quand peuvent-ils vous défier ?
Je suis connectée très souvent le soir, mais aussi le week-end. Je joue sous le pseudonyme de ChessBaby !

Vous allez vous rendre aux WSOP à Vegas. Quelles sont vos ambitions ? Et votre état d’esprit ?
J’ai moins de pression psychologique qu’avant et suis prête à donner le meilleur de mon poker. Je ne vais pas jouer le Main Event cette fois-ci, car l’année dernière, je me suis sentie oppressée par l’atmosphère. Beaucoup de joueurs n’étaient pas là pour s’amuser mais seulement pour l’argent. Mais je vais tout de même tenter de décrocher un bracelet.

De plus en plus de femmes jouent au poker, comment expliquez-vous ce phénomène ?
Je ne suis pas sûre que ce soit un phénomène, mais plutôt une évolution logique de la société. Les femmes joueuses ont toujours été mal considérées socialement. Aujourd’hui, les repères et les normes ont changé, les gens sont plus ouverts. C’est maintenant normal que les femmes jouent.

Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui lisent ces lignes et qui veulent apprendre à jouer ou se perfectionner ?
Déjà, que le fait qu’elles soient des femmes n’a pas d’importance ! Comme dans tous les domaines, il faut beaucoup travailler et s’entraîner, pourquoi pas sur Internet. Mais sans oublier qu’il faut jouer selon ses moyens. Lire deux ou trois livres aussi… Personnellement, j’ai une approche très sportive, je suis toujours motivée par ma progression et non par les potentiels gains financiers. Il faut également avoir du sang-froid et savoir cerner psychologiquement ses adversaires. Pourquoi ne pas se rendre dans un cercle pour découvrir le jeu dans des conditions réelles ? Et surtout, bien se connaître soi-même pour comprendre ce qui les empêche de progresser.
Le poker, c’est une introspection.